L’Islande : vers un tourisme de masse nordique ?

L’Islande, cette terre aux étendues vierges immenses, n’a acquis sa réelle notoriété que lors de l’éruption de son fameux volcan au nom imprononçable : l’Eyjafjallajökull.

Sauvée de sa crise financière grâce à l’explosion du tourisme dès les années 2010, elle bénéficie depuis d’une bonne image grâce notamment à sa politique (élu le pays le plus sympathique à visiter, championne de l’égalité salariale homme/femme, légalisation du mariage homosexuel) et grâce également à ses incroyables paysages utilisés dans les romans d’Arnaldur Indriðason avec son enquêteur Erlendur et en tant décors pour la série « Games of Thrones » qui lui ont offert une couverture médiatique planétaire.

Cependant, cette destination, grandement vendue ainsi par les médias et les voyagistes, devenue accessible à moindre coût grâce aux liaisons aériennes, ne risque-t-elle pas de devenir victime de sa popularité et devenir ainsi l’actrice d’un tourisme de masse nordique ?  

L’Islande : un territoire contrasté

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  • Situation géographique et politique

L’Islande (ou la République d’Islande) est un État insulaire situé entre l’océan Atlantique Nord et l’océan glacial arctique, entre le Groenland et la Norvège, qui se compose d’une île principale et d’îles éparses à proximité de son littoral. Le pays se situe à quelques kilomètres au sud du cercle polaire arctique. Son territoire est également situé sur le point de contact de deux plaques tectoniques qui s’écartent : la dorsale océanique. Il s’agit d’un régime parlementaire où il n’y a aucune séparation de l’Etat et de l’Eglise ; la religion majoritaire étant le protestantisme sous sa forme luthérienne.

Il a la superficie d’1/5 de la France cependant, en comparaison, il possède le taux de population le plus faible d’Europe. La majorité de la population islandaise habite la côte sud, au climat plus clément : près de 60 % des habitants sont regroupés dans la région de Reykjavik, la capitale (seule véritable exception : Akureyri). L’île est divisée en six régions administratives, chacune possédant un port pour accueillir les bateaux de croisières (ex : Îles Vestmann, Akureyri) sauf le Nord-Est.

La langue nationale, l’islandais, est une langue germanique scandinave et la monnaie du pays est la couronne islandaise. Et bien que le tourisme étranger soit en pleine croissance, le tourisme domestique au sein de l’île n’est pas très important.

Voulant intégrer l’Union européenne, l’Islande a finalement décidé de retirer sa candidature à cause d’une restriction des quotas de pêche imposée par l’UE. En effet, son économie est dépendante en partie de ses ressources naturelles et en particulier la pêche, la production d’aluminium et l’activité géothermique (qui permet à la population d’avoir le chauffage et l’eau chaude à des prix défiants toute concurrence).

La géothermie permet également la culture sous serre : l’Islande est le premier producteur européen de bananes hors outre-mer. D’ailleurs plus de 99 % de l’électricité du territoire est produite par l’énergie hydraulique et par l’énergie géothermique. Le tourisme quant à lui est un marché qui représentait 5% du PIB en 2016.

Petite particularité due au fait de son insularité et à la quasi absence des grandes invasions qui ravagèrent l’Europe au Moyen Âge, la population islandaise fait face à un phénomène fréquent de consanguinité. Une application a d’ailleurs vu le jour, donnant accès aux citoyens à une banque de données recensant la généalogie de quelques 320 000 habitants de l’île.

  • Relief, paysages et climats 
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L’Islande signifie en islandais « terre de glace ». Elle possède un paysage lunaire fascinant dû à l’absence de végétation sur plus de la moitié de son territoire : les terres intérieures sont de vastes champs de lave et de la toundra caractérisée par de la mousse et des lichens (plantes boréales, absence presque totale d’arbres), soumis aux vents froids polaires à cause de sa haute latitude (climat océanique froid).

Les côtes quant à elles, caractérisées par des fjords et des falaises abruptes, subissent un climat océanique tempéré car l’île est sur la trajectoire de la Dérive Nord Atlantique, qui prend sa source dans les eaux chaudes des Caraïbes.

Elle possède sur son territoire des geysers, ses sources d’eaux chaudes dues à la géothermie, des glaciers (environ 10 % du territoire islandais, notamment grâce au glacier Vatnajökull, le plus grand d’Europe), des étendues de roches volcaniques nues (environ 23 %) ainsi que des aires verdoyantes pour l’élevage de moutons notamment sur la côte ouest hors la région du Vestfirdir (Reykjavik) et Nord-est (Husavik).

En tant que pays nordique, la longueur du jour en Islande en est affectée : le 21 décembre représente le solstice d’hiver et le 21 juin le solstice d’été (soleil de minuit). D’autre part, sa localisation proche du cercle polaire lui confère un atout majeur : les aurores boréales. De plus, le Cercle d’Or est le circuit incontournable par excellence : il s’agit du parc national de Þingvellir (UNESCO) où le premier parlement du monde fut fondé en l’an 930, les chutes de Gullfoss, ainsi que le champ géothermique de Geysi.

L’Islande, une terre ambiguë

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  • Un territoire accessible mais cher et saturé

L’Islande est accessible pour les ressortissants de l’UE avec une seule carte d’identité valide : il n’y aucun besoin de visa pour une durée inférieure à 90 jours. Le réseau aérien s’est considérablement développé : 26 compagnies desservent maintenant l’Islande. L’aéroport de Keflavík, situé à 50 km de la capitale, est ainsi devenu un hub international entre l’Amérique du Nord et l’Europe avec la compagnie nationale Icelandair. L’Islande est d’ailleurs une escale incontournable pour les voyageurs souhaitant rejoindre le Groenland, une autre destination « polaire ».

De nombreuses compagnies low-cost telles que Easyjet, Wow Air et Transavia ont également investit le marché, permettant l’édition de billets bon marché. Une fois sur place, le principal mode de transport est le réseau routier car il n’y a pas de voies ferrées. Il y a également le bateau à la belle saison qui permet d’effectuer des liaisons maritimes avec l’île (la Smyril Line ou le Norröna).

Cependant, même si le pays s’adapte à une clientèle internationale en multipliant les initiatives tel que permettre l’usage fréquent des cartes bancaires en tout lieu sur l’île, le pays voit d’autre part l’augmentation de 10% sa TVA pour juin 2018. L’Islande est une destination chère qui ne prend pas le chemin d’une popularisation de masse. En revanche, cette hausse de TVA va favoriser les séjours courts au détriment du tourisme d’aventure, plus long et plus onéreux car nécessitant des guides et du matériel spécifique.

Nous pouvons pourtant estimer une hausse de la fréquentation touristique ces dernières années, jusqu’à cinq fois la population de l’Islande. Les prix suivent la demande (qui fluctue selon la saisonnalité) et explosent, provoquant la saturation du marché de l’hébergement touristique (car l’offre est encore insuffisante) et la modification du paysage ainsi que des emplois directs et indirects. La clientèle voyageant en Islande est donc une clientèle CSP+ et risque de devenir une clientèle haut de gamme car le ministre islandais du tourisme pense à augmenter la taxe hôtelière et limiter le nombre de visiteurs sur les sites prisés, afin de protéger les sites victimes de leur succès.

  • Les risques naturels du territoire et ses dangers anthropiques

L’Islande étant située sur le point de rencontre des deux plaques tectoniques eurasienne et nord-américaine de la dorsale atlantique, les risques dus au volcanisme sont accrus. L’éruption du volcan Eyjafjallajökull en est la preuve. La zone des geysers (Geysir) est pile au-dessus du point d’écartement des plaques. L’activité volcanique souterraine peut entrainer des séismes et des chutes de glaciers, pouvant provoquer des inondations, risque accru à cause de la déforestation qui eut lieu lors de l’ère viking au IX° siècle.

D’autre part, les conditions météorologiques peuvent soudainement se détériorer et piéger les touristes inexpérimentés, notamment sur les routes lorsqu’une tempête de neige se lève. Les risques d’hypothermie sont également bien présents. Les vents forts peuvent aussi provoquer des tempêtes de poussière.

Et enfin, il y a l’impact touristique sur l’écosystème : le lac Myvatn est endommagé par les eaux usées provenant d’hôtels (problème de gestion des déchets hôteliers), le non-respect des chemins balisés met en péril les sites naturels (piétinement des sites et de la végétation), le vandalisme est en augmentation et les incivilités des voyageurs se multiplient, notamment l’imprudence sur des routes souvent trompeuses. Le camping sauvage étant toléré en Islande sauf dans les parcs nationaux qui sont des zones protégées, cela n’empêche pas certains touristes de se soustraire à la loi.

L’héritage culturel : source de tourisme

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  • L’héritage de grandes civilisations

L’Islande est culturellement et historiquement rattaché à l’Europe, de par sa colonisation par les Vikings au IX° siècle ou bien par sa probable découverte par des moines irlandais bien plus tôt. Rien qu’une destination estampillée « viking » suffit à fasciner les touristes. En 930, les chefs islandais décident de créer une assemblée commune, l’Althing, le plus vieux Parlement au monde, ensuite viendra la christianisation de l’Islande. En 1262 l’Islande se lie au Royaume de Norvège et en 1536 elle se retrouve sous domination danoise. Elle ne redeviendra pleinement indépendante et souveraine qu’en 1944 en tant que République.

L’architecture islandaise a donc des influences toutes scandinaves. Cependant il existe une architecture traditionnelle typiquement islandaise : l’église de Vidimyrarkirkja (1616) en est l’exemple. Il s’agit de l’une des dernières églises d’Islande dont le toit et les murs sont en tourbe. Il s’agit de l’habitat traditionnel de la toundra. L’île possède également une race de chevaux adapté à son climat exigeant : les chevaux nains islandais, qui maîtrisent deux allures inédites, le tölt et l’amble. L’importation des chevaux est par ailleurs interdite sur le territoire, pour éviter des croisements.

L’islandais, qui puise ses racines historiques dans le vieux norrois, conserve sa langue originelle notamment dans les Sagas et la poésie scaldique. Ces mélodies pleines de mystère, que la chanteuse Björk ou le groupe Sigur Rós retranscrivent dans leurs chansons. Les traditions s’expriment également dans la conservation des croyances traditionnelles, comme la croyance en l’existence d’un Petit Peuple tels que les elfes. Un projet de voie rapide a été d’ailleurs suspendu grâce à des défenseurs des petits êtres.

Et même si la gastronomie islandaise reflète son terroir local rude, elle fait partie du patrimoine local : le hákarl, du requin du Groenland faisandé ou encore la consommation de macareux moines cru ou également faisandé. Il y a tout de même le Food and Fun Festival chaque année à la capitale.

  • Les différentes formes de tourisme lié au patrimoine

Il existe tout d’abord un tourisme lié au volcanisme : les sources thermales (le Blue Lagoon à Reyjavik est connu pour ses vertus thérapeutiques), l’observation des geysers (ce mot étant lui-même d’origine islandaise), la randonnée sur la caldeira d’Askja ou au cœur des champs de lave (Dimmuborgir) ou bien l’exploration d’un volcan vu de l’intérieur (Thrihnukagigur).

Cela engendre un tourisme sportif lié au relief (la randonnée équestre sur les plaines volcaniques avec les chevaux islandais) ainsi qu’aux paysages : la plongée sous-marine a du succès en Islande car c’est le seul endroit sur terre où l’on peut observer une cheminée sous-marine accessible aux plongeurs. La faille de Silfrá, à la convergence des plaques eurasienne et américaine offre, de plus, une eau des plus claires au monde avec jusqu’à 300 mètres de profondeur.

Il y a également le snorkeling et le rafting sur rivière à bord d’un hors-bord. Le cyclotourisme existe mais seulement pour de courtes balades à vélo, le climat changeant rendant dangereux les itinéraires longs à l’intérieur des terres. L’Islande est également un territoire où il est possible d’effectuer un tourisme d’aventure : du trekking, de la randonnée glaciaire (Hvannadalshnjukur 2110m le plus haut sommet de l’île) ou bien encore l’expérience dans un hôtel de glace.

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Il existe aussi un tourisme climatique : les parcours en chiens de traineaux, le ski alpin et le ski de randonnée, même si l’Islande n’a pas de domaines skiables significatifs, contrairement à ses voisins scandinaves. L’observation des aurores boréales et du soleil de minuit sont également source de tourisme. Le climat dit « polaire » fascine et est ces jours-ci à la mode chez les voyagistes, autant généralistes que spécialistes tels que le Grand Nord Grand Large, 66° Nord, Terres d’Aventure, Nouvelle Frontière, TUI, Scanditours et Allibert Trekking.

Le tourisme de nature avec l’observation de la faune est aussi très prisé par les touristes (phoques, baleines, eiders, ours polaires venus à la faveur de la dérive d’icebergs) et de la flore (plage de sable noire, fjords, glaciers, grottes de glace, geysers, banquise, icebergs, cascades telle que celle de Dettifoss, la plus puissante d’Europe). Le camping permet d’être proche de la nature et représente une alternative à l’hébergement parfois hors de prix des hôtels. Cela est également possible à bord d’un bateau, lors de croisière autour de l’île.

Nous pouvons aussi parler d’un tourisme culturel avec la visite des maisons bleues et jaunes dans la capitale mais qui n’est pour l’instant vu que comme un complément et non pas comme un motif de visite principale. Ce qui prime, c’est la recherche de sensations et d’émerveillement dans le patrimoine naturel et rural de l’Islande. Cependant, la capitale est connue pour son dynamisme, surtout grâce aux touristes car la vie nocturne n’est pas un phénomène social traditionnellement islandais, cela étant dû au climat et au protestantisme, aux valeurs strictes fondamentales : le travail, l’honnêteté et la rigueur.

Conclusion :

L’Islande est une destination qui est une terre des extrêmes et des contrastes : elle est l’alliance de la glace et de la lave. Même si elle est accessible par la voie des airs, sur place elle reste chère, les possibilités routières sont restreintes, le territoire est immense et hostile si on le sous-estime.

Les prix élevés une fois sur place obligent les voyageurs à dépenser beaucoup, notamment lorsqu’ils souhaitent rejoindre des circuits ou des excursions avec des guides ou du matériel spécifique, ou seulement louer une chambre en période touristique. Lorsque l’on observe les prix pratiqués par les voyagistes, partir 10 jours revient à plus de 4000 à 5000 euros, alors qu’une dizaine de jours au Maroc ne coûte que 469 euros sur le site TravelBird ou 823 euros chez Thomas Cook. Néanmoins, beaucoup de touristes ne restent que 3 à 4 jours sur l’île, profitant des billets bon marché des low-costs.

L’Islande devient peut-être donc une destination de tourisme de masse nordique si l’on ne comptabilise que la multiplication des séjours courts. Toutefois, en ce qui concerne les longs séjours, l’Islande reste une destination chère, accessible à une clientèle à plus grande contribution, qui fait appel soit à des spécialiste des destinations polaires tels que Scanditours et 66° Nord ou bien à des croisiéristes tel que le norvégien Hurtigruten : le tourisme qui s’inscrit sur une longue durée de séjour est un tourisme qui tend vers le haut de gamme.

L’Islande n’est pas encore une destination nordique de masse, cependant l’image fantasmée collective véhiculée par les médias et le phénomène de « sursis » que l’on associe aux destinations « blanches » dû au réchauffement climatique, risquent de provoquer un engouement accéléré pour l’Islande et de mettre en danger son patrimoine immaculé.

Pour aller plus loin :

Courrier International : La face sombre du boom touristique en Islande

Le Monde : En Islande, un village submergé par les touristes

Veille Tourisme : Le tourisme dans les destinations nordiques

Veille Tourisme.ca : Regard sur les tendances du tourisme nordique

Regard sur l’Arctique / Radio Canada International : Le tourisme dans l’Arctique à l’ère d’Instagram

Mr Mondialisation : Vous aimez vraiment l’Islande ? N’y allez plus !

News Monkey.be : Le tourisme de masse? L’Islande n’en veut pas et elle va attaquer le problème en commençant par Airbnb